La Cour des comptes alerte sur la dégradation des comptes sociaux. La renationalisation d’EDF a coûté près de 10 milliards d’euros sans gain stratégique clair. Et le gouvernement confie la préparation budgétaire à des modèles prévisionnels que personne ne maîtrise vraiment. Portrait d’un État qui dépense sans compter et gère sans gouverner.
Trois signaux simultanés, trois symptômes d’un même mal. La France traverse une crise silencieuse de sa gouvernance financière, et les semaines qui précèdent l’été 2026 en livrent une illustration cruelle.
Premier signal : la Cour des comptes vient de publier un rapport confirmant la dégradation continue des comptes de la Sécurité sociale. L’institution — qui reconnaît elle-même que ses rapports « se suivent et se ressemblent » — pointe les déficits structurels d’un système qui consomme toujours plus que ce que la nation produit. Ses recommandations habituelles réapparaissent : augmentation des prélèvements, réduction des prestations, ou les deux. Autrement dit, faire les poches des assurés pour financer un système que personne n’ose réformer en profondeur.
Deuxième signal : une étude de l’IREF-Contrepoints rappelle que la renationalisation complète d’EDF, décidée par Emmanuel Macron en juillet 2022 et achevée en août 2023, a coûté 9,7 milliards d’euros aux contribuables. L’opération avait été présentée comme stratégique, nécessaire, urgente. Le bilan mérite d’être posé froidement : l’État a-t-il gagné en capacité de pilotage énergétique ? A-t-il accéléré la construction de nouveaux réacteurs ? A-t-il réduit le prix de l’électricité pour les ménages ? La réponse honnête est : pas à la hauteur des sommes engagées. Dix milliards d’euros, c’est le budget annuel de l’enseignement supérieur. C’est aussi le coût d’un porte-avions de nouvelle génération. Le débat mérite d’avoir lieu.
Troisième signal : selon Contrepoints, le gouvernement Lecornu confie désormais la préparation du budget à des outils de modélisation économique dont la fiabilité est ouvertement contestée, réduisant de facto le rôle des représentants du peuple à valider des projections que produisent des algorithmes dont personne ne connaît vraiment les paramètres. Quand la politique abandonne sa fonction de direction au profit de la technocratie prévisionnelle, c’est la démocratie elle-même qui s’effrite.
Ces trois réalités convergent vers un même diagnostic : la France dépense beaucoup, réforme peu, et gouverne de moins en moins. L’État régalien — celui qui décide, qui assume, qui dirige — cède la place à un État gestionnaire qui sous-traite ses choix à des cours, des modèles et des agences. Richelieu se retournerait dans sa tombe.
Sources : Cour des comptes – rapport Sécurité sociale 2026, IREF-Contrepoints – analyse renationalisation EDF, Contrepoints – budget et modèles prévisionnels