Le programme d’avion de combat de 6e génération franco-germano-espagnol (SCAF) reste paralysé par les querelles industrielles entre Dassault et Airbus. Une médiation ratée en avril ouvre désormais la voie à un rapprochement entre Airbus et le suédois Saab — scénario qui pourrait marginaliser la France dans sa propre initiative.
Le SCAF — Système de combat aérien du futur — était censé incarner l’ambition européenne en matière de défense aérienne de haute technologie. Lancé en 2017 sous l’impulsion conjointe de Paris et Berlin, ce programme à horizon 2040 devait produire l’avion de chasse de 6e génération qui succéderait au Rafale et à l’Eurofighter. Neuf ans plus tard, le projet avance péniblement, miné par des conflits de propriété intellectuelle, de partage industriel et de leadership technologique entre Dassault Aviation et Airbus.
Selon le site spécialisé Opex360, une médiation conduite en avril 2026 entre les deux géants de l’aéronautique n’a pas permis de débloquer la situation. Les points de friction demeurent : Dassault, fort de son expertise exclusive dans les avions de combat et de son rang de maître d’œuvre naturel du programme côté français, refuse de partager les clés de certaines technologies sensibles avec Airbus, qui exige en contrepartie de son investissement un accès plus large aux développements communs.
Face à ce blocage, Airbus explore désormais des pistes alternatives. Un rapprochement avec le groupe suédois Saab — concepteur du Gripen — se précise, selon les mêmes sources. Saab possède une expertise reconnue dans les systèmes de combat de nouvelle génération, notamment dans le domaine des drones embarqués et des architectures distribuées. Une alliance Airbus-Saab constituerait un pôle industriel crédible, capable de concurrencer ou de doubler le SCAF tel qu’il était initialement conçu.
Le risque pour la France est réel : si Airbus — entreprise européenne mais dont le centre de gravité est aujourd’hui plus hambourgeois que toulousain — se dote d’un programme alternatif viable, Paris pourrait se retrouver isolée avec son Rafale amélioré d’un côté et un SCAF fantôme de l’autre. Dassault, qui a toujours cultivé son indépendance industrielle avec une jalousie légitime, ne peut pas non plus financer seul un programme de cette ampleur.
La solution passe par une décision politique au plus haut niveau. Le gouvernement français doit arbitrer entre deux visions : soit défendre coûte que coûte la primauté de Dassault sur le SCAF, quitte à ralentir encore le programme, soit accepter un partage industriel plus équilibré pour sauvegarder l’essentiel — un avion de 6e génération à coloration française. L’Histoire jugera sévèrement ceux qui auront laissé l’Europe de la défense aérienne se construire sans la France.
Sources : Opex360 – rapprochement Airbus-Saab (mai 2026), Valeurs actuelles, Ministère des Armées – communications SCAF