Il y a des nuits où le Parlement déçoit la République. Celle du 3 au 4 juin 2026 en est une. Dans l’hémicycle du Sénat, une majorité de circonstance a choisi, à main levée, de torpiller l’article 2 de la loi de programmation militaire — le cœur du dispositif, celui qui engage les crédits, celui qui engage la France. L’ironie est cruelle : au moment précis où le monde brûle, où la Russie maintient sa pression sur l’Europe orientale, où les flottes fantômes contournent les sanctions au nez des démocraties, les sénateurs français se livrent à un jeu politicien dont les conséquences pourraient se révéler historiquement funestes.
Comprenons-nous bien. Le Beffroi n’est pas le thuriféraire d’un gouvernement, ni l’avocat d’un budget pour le principe. La proposition des Républicains de porter l’effort à 50 milliards mérite le débat — et ce débat, la Nation lui doit une réponse sérieuse. Mais le rejet pur et simple de l’article central d’une LPM, par une coalition hétéroclite qui unit conservateurs et socialistes dans un accord aussi improbable que fragile, n’est pas une position de force : c’est une capitulation devant la complexité.
De Gaulle l’avait compris mieux que quiconque : la souveraineté militaire n’est pas une ligne budgétaire parmi d’autres, elle est le fondement sur lequel repose l’ensemble de l’édifice diplomatique. Richelieu avait bâti la puissance française en sachant que la parole d’un État ne vaut que ce que valent ses armées. Où en sommes-nous, en 2026, lorsque la France arraisonne courageusement des navires russes en Méditerranée d’un côté, et laisse ses sénateurs démanteler sa feuille de route militaire de l’autre ?
La conférence de Paris sur la Palestine, prévue le 12 juin, le Sommet du G7 à Évian, le mandat de la FINUL au Liban qui arrive à échéance en décembre — autant d’échéances qui supposeront que la France parle depuis une position de crédibilité. Cette crédibilité se construit sur le long terme, dans la continuité des engagements, dans la régularité des financements. Elle ne se reconstruit pas en quelques semaines après un vote désastreux.
Le gouvernement doit maintenant reprendre la main, clarifier ses priorités et, si nécessaire, engager sa responsabilité devant la représentation nationale. La France ne peut se permettre l’inconstance stratégique. L’histoire ne pardonne pas les abdications votées dans la nuit.
— La rédaction du Beffroi