Il y a des noms qui s’impriment dans la conscience collective comme une brûlure. Lyhanna est de ceux-là. Une petite fille disparue, retrouvée morte. Le pays entier s’arrête, se recueille, puis, inévitablement, demande des comptes.
Des comptes à qui ? C’est là toute la question — et c’est là que le débat devient insupportable pour ceux qui, depuis des années, refusent de le tenir. Car ce drame n’est pas un accident isolé, surgi de nulle part dans une société sereine. Il s’inscrit dans une série, dans un contexte, dans un état de délitement de l’autorité publique que certains ont délibérément entretenu au nom d’une idéologie de la permissivité.
L’État régalien — la police, la justice, la protection de l’enfance — n’est pas un luxe bourgeois ni une relique autoritaire. C’est la condition première de la vie en commun. Colbert le savait, qui bâtissait des institutions durables. De Gaulle le savait, lui qui plaçait l’ordre public au fondement de toute liberté véritable. Quand l’État faillit à sa mission première — protéger les plus vulnérables — c’est le pacte républicain lui-même qui se déchire.
Les responsables politiques ont, dit-on, unanimement reconnu la défaillance. Belle unanimité du lendemain. Mais où étaient-ils quand les services de protection de l’enfance criaient leur sous-effectif ? Où étaient les arbitrages budgétaires, les renforts humains, les réformes de fond ? On ne gouverne pas avec des communiqués de presse endeuillés.
Nous ne voulons pas instrumentaliser la mort d’une enfant. Nous voulons, précisément, que cette mort ne soit pas instrumentalisée par ceux qui en feraient une émotion sans lendemain. La grandeur d’une nation se mesure à la protection qu’elle accorde aux plus faibles. La France a failli. Elle doit répondre — non en paroles, mais en actes, en réformes structurelles, en moyens concrets pour ses services régaliens.
Lyhanna mérite mieux que des larmes de circonstance. Elle mérite une République qui tient ses promesses.
— La rédaction du Beffroi