Le coup d’envoi du Mondial 2026 est donné ce 11 juin, réparti sur trois nations nord-américaines. Au-delà du spectacle sportif, l’événement révèle une recomposition profonde des rapports de force géopolitiques dans le football mondial et au-delà.
La Coupe du monde de football 2026, qui s’étend du 11 juin au 19 juillet, est organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Jamais dans l’histoire du tournoi trois nations n’avaient co-organisé l’épreuve reine du football mondial. Ce format inédit, voulu par la FIFA pour maximiser les revenus et l’audience, dit quelque chose d’essentiel sur la géopolitique sportive contemporaine : le football n’est plus une affaire exclusivement européenne ou sud-américaine.
Selon Lukas Aubin, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), chacun des trois pays hôtes poursuit des objectifs distincts. Les États-Unis entendent démontrer leur capacité organisationnelle colossale et accélérer la montée en puissance de leur ligue domestique, la MLS. Le Mexique cherche à consolider son statut de grande nation du football des Amériques. Le Canada, enfin, espère transformer cet événement en levier de développement pour un sport encore secondaire dans l’imaginaire national.
À l’échelle mondiale, ce Mondial illustre une multipolarisation croissante du football de haut niveau. L’Afrique, l’Asie et la Concacaf disposent désormais de représentations élargies — 48 équipes participent pour la première fois — ce qui traduit un rapport de force institutionnel nouveau au sein de la FIFA, au détriment de l’UEFA européenne.
La dimension géopolitique ne s’arrête pas là. Le rôle des diasporas en Amérique du Nord sera central : des millions de supporters marocains, mexicains, sénégalais ou brésiliens habitent ces territoires et transformeront les stades en autant de scènes d’affirmation identitaire. Le Maroc, demi-finaliste en 2022, incarne à lui seul la montée d’une Afrique qui entend peser dans les instances sportives internationales comme dans les autres.
Pour la France, le Mondial se tient loin de ses frontières mais pas loin de ses préoccupations. Les Bleus, portés par une génération talentueuse, abordent la compétition avec les honneurs d’un candidat sérieux au titre. Mais à Paris, les forces de l’ordre s’inquiètent d’un manque de consignes claires pour encadrer d’éventuels débordements lors des diffusions publiques, selon Valeurs actuelles. L’État régalien ne saurait être absent de cet enjeu d’ordre public, même à distance des terrains.
Colbert aurait sans doute compris que les grands événements sportifs sont des instruments de puissance douce autant que des occasions de désordre. La France doit les aborder avec les deux yeux ouverts.
Sources : IRIS France — Lukas Aubin, directeur de recherche, analyse géopolitique de la Coupe du monde 2026, Valeurs actuelles — Coupe du monde 2026 : inquiétudes des forces de l’ordre sur les débordements, FIFA — Format élargi à 48 équipes pour 2026