La municipalité de Castres, dirigée par Florian Azéma (RN), a décidé de retirer de sa programmation culturelle une pièce de théâtre consacrée aux migrants clandestins. Polémique prévisible, mais question de fond légitime : qui décide de ce que le contribuable finance en matière culturelle ?
La scène se répète depuis quelques années avec une régularité presque mécanique : une mairie gérée par le Rassemblement national modifie sa programmation culturelle, et l’ensemble du monde des arts et des lettres s’en offusque avec une intensité inversement proportionnelle à l’intérêt qu’il porte, d’ordinaire, aux questions de gestion communale.
À Castres, la municipalité dirigée par Florian Azéma a déprogrammé une pièce de théâtre consacrée aux migrants clandestins. Le maire a invoqué un argument clair : « Avoir la main sur ce qui est financé par le contribuable castrais. » Cette formulation mérite qu’on s’y arrête sérieusement, loin des postures indignées.
Une collectivité locale est souveraine dans l’allocation de ses deniers publics dans le cadre de la loi. Les subventions culturelles ne sont pas un droit acquis pour les compagnies théâtrales : elles résultent de choix politiques effectués par des élus mandatés par leurs concitoyens. Le fait qu’une majorité d’électeurs castrais ait porté au pouvoir une équipe municipale aux convictions conservatrices ne retire pas à cette équipe la légitimité d’exercer ses prérogatives en matière culturelle.
Cela dit, le Beffroi n’entend pas plaider pour une culture aux ordres du pouvoir municipal, quelle qu’en soit la couleur politique. La création artistique a besoin d’espaces de liberté. La question n’est pas de savoir si la mairie de Castres a le droit de déprogrammer — elle l’a, juridiquement — mais si ce droit doit s’exercer sans critères transparents ni dialogue avec les acteurs culturels locaux.
Ce qui est en jeu, derrière cette polémique, c’est une question plus large : la politique culturelle en France est-elle trop centralisée, trop dépendante d’une vision unique dispensée depuis Paris et ses grands opérateurs ? Les élus locaux, surtout lorsqu’ils s’écartent du consensus culturel dominant, sont immédiatement accusés de censure. Mais les directeurs d’institutions subventionnées qui programment systématiquement dans un seul sens idéologique ne font jamais l’objet de telles accusations. Cette asymétrie mérite d’être nommée.
Sources : Valeurs actuelles — Mairie de Castres (RN), déprogrammation d’une pièce sur les clandestins, déclaration de Florian Azéma