Les indicateurs économiques publiés ces dernières semaines dressent un tableau préoccupant : coût du travail en hausse continue, dépenses publiques parmi les plus élevées d’Europe, et Français majoritairement insatisfaits de leurs services publics. La France paie le prix de décennies d’illusions.
Trois données publiées simultanément ces dernières semaines méritent d’être lues ensemble, tant elles racontent une même histoire : celle d’un modèle économique français qui dépense toujours plus pour des résultats toujours moins satisfaisants.
Premier constat : le coût du travail ne cesse d’augmenter. Entre le quatrième trimestre 2023 et le quatrième trimestre 2025, le coût horaire du travail a progressé en France de manière significative, selon des données relayées par Contrepoints. Cette hausse, supérieure à la moyenne européenne, grève la compétitivité des entreprises françaises sur les marchés internationaux — précisément au moment où la réindustrialisation est présentée comme une priorité nationale. On ne peut pas vouloir rapatrier des usines sur le sol français et maintenir un différentiel de coût du travail défavorable.
Deuxième constat : la France est le deuxième pays d’Europe dont les dépenses publiques sont les plus élevées, à 57,1 % du PIB en 2024. Ce chiffre serait acceptable si les services rendus étaient à la hauteur. Or, selon un sondage Ifop cité par Contrepoints, les Français se disent majoritairement insatisfaits de leurs services publics. L’équation est donc simple et brutale : nous dépensons plus que presque tous nos voisins, et nous obtenons moins que ce que nos concitoyens attendent.
Troisième constat, qui éclaire les deux premiers : comme le souligne le président de Michelin, Florent Menegaux, dans un entretien à Valeurs actuelles, « la fragmentation de la société, c’est le début de sa fin ». Au-delà du diagnostic économique, c’est un avertissement sur l’absence de projet collectif. Une économie ne peut se redresser dans une société éclatée, sans consensus sur les priorités ni sur les sacrifices nécessaires.
Les solutions existent et sont connues : alléger les charges pesant sur le travail, restructurer la dépense publique en distinguant investissement et fonctionnement, réformer une administration dont les effectifs ont continué de croître malgré les injonctions successives à la sobriété. Mais ces réformes supposent un courage politique que l’instabilité gouvernementale de ces dernières années a rendu difficile à exercer.
Colbert, qui avait bâti la puissance économique de la France sur la maîtrise des flux et la protection de l’industrie nationale, ne reconnaîtrait pas dans ces chiffres l’héritage qu’il avait légué. Il est temps de retrouver le sens de l’État comme instrument de la prospérité nationale — et non comme fin en soi.
Sources : Contrepoints — ‘Le coût du travail ne cesse d’augmenter en France’, Contrepoints — ‘Les Français sont majoritairement insatisfaits des services publics’, Valeurs actuelles — Interview Florent Menegaux, président de Michelin