L’Institut technique de la betterave tire la sonnette d’alarme : la jaunisse virale menace les cultures de betteraves sucrières depuis l’interdiction des néonicotinoïdes. Une filière agricole clé de la souveraineté alimentaire française se retrouve sans filet de protection efficace.
La filière betteravière française se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale qui illustre les tensions entre impératifs environnementaux et réalités agricoles. Depuis l’interdiction définitive des néonicotinoïdes — insecticides systémiques utilisés pour protéger les semences contre les pucerons vecteurs de la jaunisse virale —, les producteurs de betteraves sucrières font face à une recrudescence alarmante de cette maladie.
L’Institut technique de la betterave (ITB) a fait état, fin avril et début mai 2026, d’une dynamique d’intensification des infestations préoccupante. La jaunisse, transmise par le puceron vert du pêcher (Myzus persicae), peut réduire les rendements de 30 à 50 % en cas d’épidémie sévère. La campagne 2020 avait déjà constitué un avertissement brutal : des pertes massives avaient conduit à une dérogation temporaire accordée par le gouvernement, aussitôt attaquée en justice par les associations environnementales.
Cette dérogation a depuis été définitivement interdite par la Cour de justice de l’Union européenne. Les alternatives proposées — solutions biologiques, filets anti-insectes, variétés résistantes — sont soit encore au stade expérimental, soit économiquement non viables à grande échelle dans l’état actuel des techniques.
Or, la filière sucrière française n’est pas une activité anecdotique. La France est le premier producteur de sucre de betterave en Europe, et cette production irrigue des milliers d’exploitations dans le Nord, la Picardie, le Centre — des territoires ruraux qui ne disposent pas d’alternatives immédiates. La dépendance en sucre importé, à laquelle nous conduirait un effondrement de cette filière, serait une atteinte directe à la souveraineté alimentaire nationale — concept que Colbert lui-même aurait placé au rang des priorités d’État.
Le débat ne se résume pas à une opposition caricaturale entre agriculteurs pragmatiques et militants environnementalistes. Des solutions intermédiaires existent ou se développent. Mais elles requièrent du temps, des investissements publics ciblés en recherche agronomique, et surtout une volonté politique de ne pas sacrifier une filière stratégique sur l’autel d’une transition mal séquencée. La souveraineté alimentaire est aussi une question de sécurité nationale.
Sources : Contrepoints, ‘Sans néonicotinoïdes, la jaunisse menace les cultures de betteraves sucrières’, juin 2026, Institut technique de la betterave (ITB), communiqué fin avril 2026