L’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi constitutionnelle accordant un statut d’autonomie à la Corse (271 voix pour, 202 contre). Une avancée historique pour les uns, une brèche dangereuse dans le principe d’indivisibilité de la République pour les autres.
Deux cent soixante et onze voix pour, deux cent deux contre. Le vote de l’Assemblée nationale sur l’autonomie de la Corse n’est pas anecdotique. Il marque une inflexion constitutionnelle majeure dans la conception que la France a d’elle-même depuis la Révolution : une et indivisible, disait l’article premier. Cette doctrine, forgée contre les particularismes de l’Ancien Régime et les féodalismes régionaux, est aujourd’hui mise à l’épreuve.
Le texte gouvernemental prévoit d’accorder à la collectivité de Corse des pouvoirs réglementaires et législatifs « adaptés aux spécificités de l’île ». En théorie, le principe d’égalité entre citoyens est préservé par des garde-fous constitutionnels. En pratique, on ouvre la boîte de Pandore : si la Corse obtient ce statut dérogatoire, pourquoi la Bretagne, l’Alsace, ou demain la Guyane et Mayotte, ne le réclameraient-elles pas à leur tour ?
Le chemin reste long avant une éventuelle inscription dans la Constitution. Le Sénat doit encore se prononcer, puis une réunion du Parlement en Congrès — à la majorité des trois cinquièmes — serait nécessaire. Rien n’est acquis.
D’un point de vue conservateur pragmatique, la question n’est pas de nier les spécificités corses — elles existent, elles sont profondes, elles méritent d’être traitées avec intelligence. La question est de savoir si l’outil constitutionnel est le bon, et si l’État dispose des garanties suffisantes pour éviter que cette autonomie ne devienne, dans dix ans, un premier pas vers une sécession rampante.
Richelieu avait compris que l’unité du Royaume était la condition de sa puissance. La décentralisation intelligente n’est pas l’ennemi de la souveraineté nationale — elle peut même la renforcer si elle s’accompagne d’obligations claires envers la République. Mais une autonomie accordée sous la pression des nationalistes, sans vision d’ensemble, sans réciprocité, risque de fragiliser ce que l’État croit consolider. Le Sénat aura la responsabilité d’apporter les corrections nécessaires.
Sources : Résultats du vote Assemblée nationale, session juin 2026, Sources web collectées france-politique