Depuis mars 2026, une commission d’enquête parlementaire ausculte la dépendance numérique française aux géants technologiques américains. Un travail nécessaire, mais dont les conclusions seront-elles suivies d’effets ? L’histoire récente incite à la prudence.
Le 10 mars 2026, le Palais Bourbon a ouvert une commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté numérique de la France, sous l’impulsion du député Philippe Latombe (Modem). Le chantier est immense : dépendance aux GAFAM, protection des données personnelles, infrastructures critiques, clouds souverains. Trois axes d’investigation pour une question centrale : la France est-elle maîtresse de ses données et de ses systèmes d’information ?
La réponse, à ce stade, est clairement non — ou du moins, pas suffisamment. Les administrations françaises recourent massivement aux solutions Microsoft, Google et Amazon. Les données des citoyens transitent par des serveurs soumis au Cloud Act américain, qui autorise les autorités américaines à y accéder sous certaines conditions. En 2025, l’industrie technologique européenne a continué de perdre du terrain face aux géants outre-Atlantique.
Le contexte international aggrave les tensions : depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump fait pression sur l’Europe pour qu’elle assouplisse ses règles de protection des données — le RGPD en premier lieu. Cette pression n’est pas anodine : elle vise à ouvrir encore davantage le marché européen aux plateformes américaines, au détriment des entreprises du Vieux Continent.
La commission parlementaire a un rôle crucial à jouer : documenter les vulnérabilités, formuler des recommandations contraignantes et, surtout, créer le rapport de force politique nécessaire pour que les administrations cessent de choisir la facilité américaine au détriment de la sécurité française.
De Gaulle avait fait de l’indépendance technologique — le « Plan Calcul » des années 1960 — une priorité nationale. Cette intuition était juste. Elle fut abandonnée, et la France en paie aujourd’hui le prix en termes de dépendance structurelle. La commission d’enquête est un début. Mais un rapport sans suite législative et budgétaire ne vaut rien. L’État doit investir massivement dans des alternatives souveraines et imposer leur usage dans les administrations sensibles. La souveraineté numérique n’est pas une option idéologique : c’est une nécessité stratégique.
Sources : Clubic, mars 2026 — commission d’enquête souveraineté numérique, FranceSoir, juin 2026 — sondage Le Grand Décalage, Sources web collectées france-souverainete