Il est des semaines où la République française donne simultanément le meilleur et le pire d’elle-même. Cette dernière quinzaine de juin 2026 en offre une illustration saisissante, presque cruelle dans son ironie.
D’un côté, la France accueille le G7 à Évian — symbole de son rang, de son ambition, de cette vocation universelle que lui reconnaissent les chancelleries du monde entier. Emmanuel Macron se pose en médiateur d’un ordre international redessiné, alors que Washington et Téhéran viennent d’apposer leur signature sur un protocole d’accord qui pourrait mettre fin à des décennies de confrontation. La France parle encore aux grandes puissances. C’est bien.
D’un autre côté, en Seine-et-Marne, la mairie de Chessy est condamnée à payer 6 000 euros pour avoir osé refuser de marier un étranger sous obligation de quitter le territoire français. L’État, qui n’expulse pas, contraint désormais les maires à célébrer l’indélogeable. C’est kafkaïen. Éric Ciotti le dit sans détour dans sa tribune : « Finissons-en avec cette situation ubuesque. » Il a raison sur le fond, même si la solution législative qu’il préconise devra être constitutionnellement robuste.
Pendant ce temps, à Mayotte — le 101e département français, rappelons-le, pour ceux qui l’auraient oublié entre deux sommets diplomatiques —, les pontons détruits par le cyclone Chido restent en ruines dix-huit mois après la catastrophe. Les pêcheurs, les artisans de la mer, les usagers quotidiens attendent. L’État construit des déclarations, pas des infrastructures.
Ce double visage de la France — souveraine dans les discours, désarmée dans les actes — est précisément ce que dénonce, à sa manière, le sondage publié par FranceSoir : 94 % des Français veulent que l’on traque le gaspillage public, 90 % réclament une réduction des dépenses. Ce n’est pas du populisme, c’est du bon sens colbertien. Colbert lui-même, qui réorganisa les finances du Royaume au service de sa grandeur, se retournerait dans sa tombe en voyant l’argent public se perdre entre des procédures sans fin et des priorités inversées.
Le Beffroi pose la question sans détour : quand l’État sera-t-il enfin cohérent avec lui-même ? Quand ses lois seront-elles appliquées, ses territoires reconstruits, ses citoyens respectés — non par les discours, mais par les actes ?
— La rédaction du Beffroi