*Guerre Iran-Israël-États-Unis, attrition ukrainienne, sommet Trump-Xi à Pékin : le système international de 2026 n’a plus rien à voir avec celui d’avant 2022. La France doit choisir sa place dans ce nouveau désordre mondial.*
Le monde de juin 2026 ressemble à ce que les historiens nomment une « période de transition hégémonique » — ces moments rares et dangereux où les équilibres anciens s’effondrent avant que de nouveaux ne se stabilisent. Plusieurs foyers illustrent cette recomposition brutale.
En premier lieu, le conflit ouvert entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché en février 2026, redistribue les cartes au Moyen-Orient. L’influence du Premier ministre Netanyahou sur les décisions de l’administration Trump constitue, selon plusieurs analystes, un facteur d’imprévisibilité majeur. Téhéran, affaibli mais non effondré, cherche des appuis du côté de Moscou et de Pékin, renforçant l’arc eurasiatique contre-occidental.
En Ukraine, quatre ans après le début de l’invasion russe, la guerre a changé de nature. Les grandes offensives mécanisées ont cédé la place à une guerre d’usure et d’attrition où chaque kilomètre de terrain s’achète en milliers de vies. L’armée russe, selon l’analyste Alexandre del Valle, adapte ses tactiques et ses frappes. Kiev résiste, mais l’épuisement économique et démographique s’installe. Les Occidentaux, eux, débattent plus qu’ils n’agissent.
Le troisième pivot du nouvel ordre mondial est sino-américain. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin en mai 2026 a suscité autant d’espoirs que d’inquiétudes. Washington et Pékin s’affrontent sur le commerce, la technologie et l’énergie, mais cherchent à éviter la confrontation directe. Cette coexistence conflictuelle dessine les contours d’un monde bipolaire où l’Europe — et la France — risque de n’être qu’une variable d’ajustement.
Enfin, la Corne de l’Afrique, souvent ignorée des chancelleries européennes, concentre des risques croissants : le Soudan en guerre civile totale, l’Éthiopie et l’Érythrée au bord d’une confrontation régionale, des millions de déplacés aux portes d’une Afrique de l’Est déstabilisée.
Dans ce contexte, la posture gaullienne de réalisme et d’autonomie stratégique n’a jamais semblé aussi nécessaire — ni aussi difficile à tenir. La France dispose d’atouts : siège permanent au Conseil de sécurité, dissuasion nucléaire, présence africaine (en cours de redéfinition). Elle manque de cohérence politique et de budget de défense à la hauteur de ses ambitions. Le Beffroi rappelle l’évidence : on ne pèse dans un monde de puissances qu’en se dotant des moyens de cette puissance.
Sources : Valeurs actuelles, entretien avec Alexandre del Valle, juin 2026, International Crisis Group, rapport annuel 2026, Le Diplomate Média, juin 2026