Il y a des votes qui font date — non par leur portée immédiate, mais par ce qu’ils révèlent d’un renoncement progressif à l’idée même de Nation. Le 23 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi constitutionnelle accordant l’autonomie à la Corse. Deux cent soixante et onze voix pour, deux cent deux contre. Un texte, une date, et peut-être une brèche dans l’édifice républicain que deux siècles de centralité n’avaient pas réussi à fissurer.
Que l’on entende les légitimes revendications corses en matière de gestion administrative, de préservation linguistique ou de développement économique, voilà qui est parfaitement recevable. La France a toujours su accommoder ses diversités dans le cadre de ses institutions. Mais accorder à une région le statut d’entité autonome disposant d’un pouvoir normatif propre, c’est ouvrir une porte que l’on ne referme jamais. Demain, la Bretagne. Après-demain, l’Alsace. Et pourquoi pas, dans la logique des revendications identitaires qui se multiplient, d’autres territoires encore ?
L’Histoire nous enseigne que les États qui se défont par le bas périssent par le haut. Ce n’est pas de Gaulle qui aurait accepté de démembrer la République par référendum régional interposé. Ce n’est pas Richelieu qui aurait abandonné aux particularismes ce que des siècles d’effort commun avaient bâti. La France est une et indivisible — non par dogmatisme jacobin, mais parce que c’est précisément cette unité qui lui donne son poids dans le monde, sa capacité à peser face aux blocs américain, chinois ou russe qui n’ont, eux, aucune intention de se morceler.
À l’heure où le système international se recompose brutalement, où l’Iran est en guerre, où l’Ukraine s’épuise, où les États-Unis jouent leur propre partition sans égard pour leurs alliés, la France aurait besoin de se rassembler, non de s’effriter. Ce vote du 23 juin n’est pas une avancée démocratique. C’est une capitulation institutionnelle habillée en progrès. Le Beffroi prend acte, avec gravité, du chemin parcouru — dans le mauvais sens.
— La rédaction du Beffroi