La large victoire du parti de Nikol Pachinian aux législatives arméniennes du 7 juin 2026 confirme le basculement géopolitique du pays vers l’Occident. Une leçon de réalisme pour la France, qui tarde à capitaliser sur ce pivot.
Les élections législatives arméniennes du 7 juin 2026 ont consacré une victoire nette du parti du Premier ministre Nikol Pachinian, malgré les pressions économiques exercées par Moscou dans les semaines précédant le scrutin. La Russie avait notamment imposé des restrictions sur les importations de produits agricoles arméniens, et Vladimir Poutine avait publiquement mis en garde contre un basculement occidental, évoquant le spectre de déstabilisations passées.
Ces pressions n’ont pas suffi. Selon un sondage de février 2026, 72 % des Arméniens se déclaraient favorables à l’adhésion à l’Union européenne — un chiffre qui témoigne d’un mouvement de fond, et non d’un simple calcul conjoncturel. En validant la ligne europhile et atlantique de Pachinian, l’électorat arménien a signifié à Moscou que la dépendance historique à la Russie — symbolisée par la présence de bases militaires russes et par le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) — appartenait désormais au passé.
Ce basculement est d’une importance géostratégique considérable. L’Arménie devient l’un des rares États post-soviétiques à avoir rompu délibérément avec l’orbite russe après la guerre du Haut-Karabakh de 2023, qui avait vu Moscou rester passif face à l’offensive azerbaïdjanaise. La trahison perçue de la Russie envers son allié traditionnel a constitué le catalyseur d’un réalignement que les pressions économiques ultérieures n’ont fait qu’accélérer.
Pour la France, ce moment est à la fois une opportunité et un défi. Paris entretient des liens historiques forts avec Erevan, notamment en raison de l’importante diaspora arménienne de France. Des accords de coopération défensive ont été conclus en 2024, et la France a fourni des équipements militaires à l’Arménie. Mais la diplomatie française doit désormais aller plus loin : accompagner concrètement le processus d’intégration européenne de l’Arménie, proposer des cadres de coopération économique solides, et ne pas laisser le leadership de ce partenariat aux seules mains de Bruxelles ou de Washington.
L’Arménie est une tête de pont potentielle au Caucase du Sud. La France, qui revendique une vocation méditerranéenne et moyen-orientale, ne peut ignorer ce flanc oriental. Le réalisme géopolitique commande d’investir cette relation avant que d’autres — turcs, américains, ou même chinois — ne s’y engouffrent.
Sources : Sources web collectées — Actualité Géopolitique & Défense, juin 2026, Sondage cité : février 2026, favorable à l’adhésion UE à 72 %