*Le 23 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle accordant l’autonomie à la Corse par 271 voix contre 202. Ce vote ouvre un débat constitutionnel sans précédent sur la nature même de l’État français.*
C’est un vote qui restera dans les annales parlementaires. Mardi 23 juin 2026, les députés de l’Assemblée nationale ont approuvé le projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République ». Le texte, qui doit encore être soumis au Sénat avant un éventuel congrès ou référendum, consacre pour la première fois dans notre Constitution la notion d’autonomie régionale dotée de compétences normatives propres.
Le résultat — 271 voix pour, 202 contre — traduit une coalition hétéroclite réunissant la majorité gouvernementale, une partie de la gauche et quelques voix de droite séduite par le discours de décentralisation. L’opposition conservatrice et souverainiste, elle, a voté massivement contre, dénonçant une « brèche dans le pacte républicain ».
Sur le fond, le texte prévoit que la Corse pourrait adapter certaines lois nationales à ses spécificités locales — fiscalité, urbanisme, gestion du foncier figurent parmi les domaines concernés. Ses partisans y voient une réponse pragmatique à des décennies de revendications insulaires. Ses adversaires redoutent un effet domino : si la Corse obtient un statut constitutionnel d’exception, sur quelle base juridique refuser demain les mêmes prérogatives à la Bretagne, à l’Alsace ou aux territoires ultramarins ?
La question n’est pas théorique. Plusieurs présidents de région ont d’ores et déjà salué le vote comme un « signal positif » pour l’évolution des compétences territoriales en France. La logique de fragmentation est enclenchée.
Ce qui est en jeu dépasse la seule île de Beauté. Le principe d’indivisibilité de la République, inscrit à l’article 1er de la Constitution de 1958, constitue le socle sur lequel repose l’égalité des citoyens devant la loi. Accorder à une collectivité le droit d’adapter — c’est-à-dire de déroger — à la loi nationale, c’est accepter que deux citoyens français soient traités différemment selon leur lieu de naissance ou de résidence.
Le texte doit maintenant suivre la procédure de révision constitutionnelle : un vote conforme du Sénat, puis soit un référendum, soit une réunion du Congrès à la majorité des trois cinquièmes. Le chemin reste long. Mais le vote du Palais Bourbon a envoyé un signal dont les conséquences se feront sentir bien au-delà de la Corse.
Sources : Assemblée nationale, séance du 23 juin 2026, Agences de presse françaises, 23 juin 2026