Il y a trois mois et demi, les frappes américano-israéliennes sur l’Iran ouvraient une nouvelle ère de l’instabilité mondiale. Ce dimanche soir, un accord met fin aux hostilités entre Washington et Téhéran. Soulageons-nous, certes. Mais gardons-nous de crier victoire là où il n’y a eu que désastre maîtrisé.
Ce conflit aura rappelé, avec la brutalité des évidences retrouvées, ce que Richelieu savait déjà : la paix n’est pas l’absence de guerre, elle est le produit d’un rapport de forces mûrement entretenu. La France, dans ce théâtre de feu, a joué un rôle que l’histoire peinera à qualifier de déterminant. Absente des négociations décisives, spectatrice d’une diplomatie bilatérale qui s’est jouée loin de Paris, elle a confirmé la réalité douloureuse que le Général de Gaulle avait voulu conjurer : une nation qui ne compte que sur les autres finit par ne compter pour personne.
Les Français ne s’y trompent pas. Le baromètre de mai 2026 réalisé par l’institut MIS Group révèle un consensus massif en faveur de la souveraineté économique, du contrôle parlementaire de la diplomatie et d’un réalignement géopolitique urgent. Ce n’est pas l’opinion d’un peuple belliqueux — c’est la sagesse d’une nation qui a compris que la neutralité sans force n’est qu’une autre forme de vassalité.
L’accord irano-américain offre à la France une fenêtre. Celle de reprendre l’initiative, de renouer avec une politique arabe et méditerranéenne qui fut longtemps notre grandeur, et de rappeler à nos partenaires européens que la sécurité du continent ne peut indéfiniment reposer sur la bonne volonté de Washington. L’Europe de la défense n’est pas un luxe idéologique : c’est une nécessité stratégique que chaque crise valide davantage.
Le Beffroi prend position sans ambiguïté : la France doit tirer les leçons de ce conflit, non pas en adoptant la posture de l’équidistance molle, mais en retrouvant le fil d’une politique étrangère à hauteur de ses ambitions historiques. Colbert armait les flottes. De Gaulle brisait les alignements automatiques. Il est temps que la France cesse d’observer le monde et recommence à le façonner.
— La rédaction du Beffroi