Il y a des semaines où l’histoire s’accélère sans que personne ne semble en mesurer les conséquences. Celle qui s’achève en est une. Du 16 au 19 juin 2026, l’Assemblée nationale a examiné en première lecture un projet de loi constitutionnelle accordant à la Corse un statut d’autonomie au sein de la République. Pour la première fois depuis 1958, un territoire français se verrait doté d’un pouvoir normatif propre — c’est-à-dire d’une capacité à déroger au droit national. Ce n’est pas une réforme, c’est une révolution silencieuse.
Que l’on ne se méprenne pas sur notre position. Nul ne nie les spécificités de l’île de Beauté, ni la douleur de certaines communautés, ni même la nécessité d’une administration mieux adaptée aux réalités locales. Ce que nous refusons, c’est le principe d’une République à géométrie variable, où l’appartenance à la nation française serait négociable selon les rapports de force ou les tragédies individuelles — aussi émouvantes soient-elles.
Depuis la mort en détention d’Yvan Colonna en 2022, l’exécutif a cédé à une logique de réparation politique qui n’appartient pas au registre constitutionnel. La République ne se construit pas sur la culpabilité ni sur la pression des nationalistes régionaux. Elle se construit sur l’égalité des citoyens devant la loi — un principe que Mirabeau, puis les conventionnels, puis de Gaulle lui-même ont défendu au prix de tout compromis.
Que diront demain les Alsaciens, les Bretons, les Basques, les Réunionnais ? Que diront surtout les Mahorais — ces Français de la 101e île qui attendent encore en 2026 que leurs droits sociaux s’alignent simplement sur ceux de la métropole — lorsqu’ils verront que la République accorde l’autonomie avant même d’avoir accompli ses devoirs les plus élémentaires ?
Nous ne sommes pas contre la décentralisation intelligente. Nous sommes pour une France forte, unie, souveraine — dont chaque territoire est un enfant légitime et non un partenaire contractuel. L’autonomie corse telle qu’elle se dessine n’est pas l’aboutissement d’un projet républicain. C’est le début d’une érosion dont personne ne connaît le fond.
— La rédaction du Beffroi