*Une commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté numérique a ouvert ses travaux en mars 2026, tandis qu’un Observatoire dédié a été lancé en janvier. La prise de conscience est réelle — mais suffira-t-elle face à la puissance des GAFAM et aux pressions de Washington ?*
La souveraineté numérique est désormais inscrite à l’agenda parlementaire. Officiellement créée le 3 février 2026 à l’initiative du groupe Écologiste et Social, la commission d’enquête sur la souveraineté numérique de la France a commencé ses auditions le 10 mars. Composée de vingt-sept députés issus de tous les groupes politiques, elle est présidée par Philippe Latombe (Dem) et rapportée par Cyrielle Chatelain (EcoS). Trois axes de travail structurent ses investigations : la dépendance des administrations et services essentiels aux opérateurs américains, le contrôle réel des infrastructures numériques, et les voies d’émancipation technologique.
Parallèlement, le 26 janvier 2026, la ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, et le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, ont officiellement lancé l’Observatoire de la souveraineté numérique. Sa triple mission : dresser un diagnostic des dépendances critiques, fournir des outils d’aide à la décision pour les acheteurs publics et privés, et alimenter le débat démocratique sur ces enjeux.
Ces initiatives méritent d’être saluées — elles constituent une reconnaissance tardive mais bienvenue d’un problème que les souverainistes alertaient depuis deux décennies. Mais le diable est dans les détails, et surtout dans le contexte. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump exerce une pression croissante sur l’Europe pour qu’elle assouplisse ses règles de protection des données, au moment précis où l’industrie tech américaine a investi massivement dans les infrastructures numériques européennes.
Diagnostiquer la maladie est nécessaire. Mais le traitement exige une volonté politique que les commissions parlementaires, aussi sérieuses soient-elles, ne peuvent pas seules incarner. Il faudra des choix budgétaires courageux en faveur des alternatives européennes et françaises, une politique d’achat public résolument orientée vers les solutions souveraines, et une véritable doctrine industrielle numérique. C’est la leçon de Colbert appliquée au XXIe siècle : l’État doit choisir ses champions et les armer.
Le Beffroi sera attentif aux conclusions de cette commission. Les mots sont posés sur la table. Place aux actes.
Sources : Clubic / commission d’enquête parlementaire, mars 2026, Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, janvier 2026