Une commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté numérique de la France a rendu ses premiers travaux, tandis que la DINUM engage un plan interministériel de migration vers des outils souverains. Le réveil est réel — mais les 151 millions d’euros de lobbying tech américain en Europe rappellent l’ampleur du défi.
La souveraineté numérique n’est pas un slogan de tribune : c’est une question d’État. C’est en ces termes que les parlementaires réunis autour de la commission d’enquête ouverte le 10 mars 2026 sous l’impulsion de Philippe Latombe (Modem) ont posé le problème. Pendant plusieurs semaines, experts, chercheurs et représentants de multinationales technologiques ont été auditionnés au Palais Bourbon, autour de trois axes structurants : la dépendance aux infrastructures cloud américaines, la gouvernance des données publiques et la capacité industrielle française à proposer des alternatives crédibles.
Le contexte est particulièrement tendu. Donald Trump fait pression pour assouplir les règles européennes de protection des données personnelles, tandis que l’industrie technologique américaine a investi 151 millions d’euros en 2025 pour influencer les décisions réglementaires à Bruxelles — un chiffre qui illustre l’intensité de la bataille normative qui se joue en coulisses.
Face à ces pressions, la réponse de l’État commence à prendre forme. Le 8 avril 2026, la DINUM a organisé un séminaire interministériel réunissant ministères, administrations, opérateurs publics et acteurs privés. Résultat concret : la CNAM a annoncé la migration de ses 80 000 agents vers des outils souverains — Tchap pour la messagerie instantanée, Visio pour les conférences, FranceTransfert pour le partage de fichiers. La plateforme nationale des données de santé migre également vers des infrastructures sous contrôle national.
Colbert, s’il revenait, reconnaîtrait la démarche : protéger les industries nationales stratégiques des concurrences étrangères par la puissance de la commande publique. Mais il noterait aussi les contradictions. Des centaines d’administrations continuent d’utiliser quotidiennement Microsoft 365, Google Workspace ou des solutions hébergées sur des serveurs soumis au Cloud Act américain — une loi qui autorise Washington à accéder à n’importe quelle donnée stockée par une entreprise américaine, où qu’elle se trouve dans le monde.
Le plan interministériel de réduction des dépendances extra-européennes que la DINUM coordonnera constitue un pas dans la bonne direction. Mais la vitesse d’exécution devra être à la hauteur de l’urgence. Dans un monde où les données sont du pétrole et où les serveurs sont des forteresses, la France ne peut se permettre de louer ses infrastructures régaliennes à des puissances étrangères.
Sources : Clubic, 10 mars 2026 — Commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté numérique, DINUM / numerique.gouv.fr, 8 avril 2026 — Séminaire interministériel, Sources web search — france-souverainete, 4 juin 2026