*La multiplication des crises en 2026 confirme l’entrée dans une ère d’instabilité structurelle. De l’Ituri ravagé par l’Ébola à la recomposition du Conseil de sécurité de l’ONU, le monde se fragmente sous nos yeux. La France, puissance permanente du Conseil, doit en tirer les conséquences.*
Juin 2026 aura été un mois révélateur de l’état profond du désordre international. Deux faits méritent une attention particulière, l’un institutionnel, l’autre humanitaire, mais tous deux renseignent sur la fragilité croissante de l’architecture multilatérale héritée de 1945.
Sur le plan institutionnel, l’ONU a renouvelé les membres non-permanents de son Conseil de sécurité. L’Autriche, le Kirghizstan, le Portugal, Trinidad-et-Tobago et le Zimbabwe intégreront le Conseil en 2027. Une géographie politique hétéroclite qui témoigne de l’émiettement des blocs et de la compétition croissante entre grandes puissances pour s’attirer des soutiens dans les enceintes multilatérales. Pour Paris, ce renouvellement doit être une invitation à consolider sa propre position de membre permanent, aujourd’hui contestée dans les cercles africanistes et dans certains cercles du « Sud global ».
Sur le plan humanitaire, l’épidémie d’Ébola qui ravage la province d’Ituri, en République démocratique du Congo, a franchi le seuil des deux cents décès officiels. La RDC, État défaillant par excellence, ne dispose ni des moyens logistiques ni des stocks vaccinaux suffisants pour circonscrire la contagion. Cette situation met en lumière l’échec patent des mécanismes internationaux de préparation aux pandémies, pourtant réformés à grand bruit après le Covid-19.
Plus largement, le rapport de l’International Crisis Group sur les dix conflits à surveiller en 2026 dresse un tableau sombre : les accords de paix globaux, qui avaient mis fin à de nombreux conflits dans les années 1990 et 2000, appartiennent désormais à un monde révolu. La diplomatie de compromis est en recul ; la logique de rapport de force est en progression. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a accéléré cette dynamique, en plaçant les États-Unis dans une posture de unilatéralisme assumé qui déstabilise les alliances traditionnelles et encourage les acteurs régionaux à prendre leurs propres initiatives.
Face à ce tableau, la France ne peut se contenter d’une présence symbolique dans les enceintes multilatérales. La doctrine gaulliste du réalisme souverain — compter sur soi, parler à tous, ne dépendre de personne — n’a jamais été aussi actuelle. Encore faut-il s’en donner les moyens : budgets de défense, réseau diplomatique dense, et une politique africaine débarrassée de ses ambiguïtés post-coloniales.
Sources : Diploweb.com — Synthèse de l’actualité internationale de juin 2026 (Axelle Degans), International Crisis Group — Dix conflits à surveiller en 2026, ONU — Communiqué sur le renouvellement des membres non-permanents du Conseil de sécurité, juin 2026