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Souveraineté & Institutions

Souveraineté numérique : la DINUM passe à l’action, mais l’heure n’est pas au triomphe

8 juin 2026 • Souveraineté & Institutions • Le Beffroi

*La Direction interministérielle du numérique a organisé en avril 2026 un séminaire pour réduire les dépendances technologiques extra-européennes de l’État français. La CNAM migre 80 000 agents vers des outils souverains. Avancée réelle — mais la route est encore longue face aux GAFAM.*

*La Direction interministérielle du numérique a organisé en avril 2026 un séminaire pour réduire les dépendances technologiques extra-européennes de l’État français. La CNAM migre 80 000 agents vers des outils souverains. Avancée réelle — mais la route est encore longue face aux GAFAM.*

Il aura fallu des années de pression, plusieurs scandales de fuites de données et le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison-Blanche pour que la France commence à prendre au sérieux sa dépendance numérique. La DINUM a organisé le 8 avril 2026, avec la DGE, l’ANSSI et la DAE, un séminaire interministériel dont l’ambition affichée est claire : réduire les dépendances extra-européennes de l’appareil d’État.

L’annonce phare est la migration de 80 000 agents de la Caisse nationale d’Assurance maladie vers le « socle numérique interministériel » — Tchap pour la messagerie, outils de visioconférence nationaux, FranceTransfert pour l’échange de fichiers. C’est concret, c’est mesurable, c’est encourageant.

Mais gardons la tête froide. 80 000 agents de la CNAM, c’est une goutte d’eau dans un océan de dépendance. L’État français continue de faire tourner des pans entiers de son administration sur des infrastructures Microsoft, des clouds Amazon ou Google, des logiciels dont le code source est propriété d’entreprises étrangères soumises au droit américain — et donc potentiellement au Cloud Act.

La commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté numérique, ouverte en mars 2026 sous l’impulsion de Philippe Latombe, a mis en lumière l’ampleur du problème. Experts, chercheurs et représentants des grandes entreprises du numérique se succèdent pour dessiner un tableau préoccupant : la France — et l’Europe — ont systématiquement choisi la commodité américaine au détriment de la maîtrise stratégique.

Richelieu construisait la puissance de la France en maîtrisant ses leviers d’action. Au XXIe siècle, les données sont un levier de puissance au même titre que la marine royale ou la manufacture nationale. Un État qui ne contrôle pas ses données ne contrôle pas sa destinée.

La DINUM doit coordonner un plan interministériel ambitieux. Mais cela suppose des investissements durables dans les alternatives souveraines, une préférence européenne réelle dans les marchés publics du numérique, et une volonté politique qui ne se limite pas à un séminaire.

Sources : numerique.gouv.fr, séminaire DINUM du 8 avril 2026, Clubic, commission d’enquête parlementaire, 10 mars 2026, Contrepoints, 8 juin 2026

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