*Un Observatoire de la souveraineté numérique a été lancé en janvier 2026, tandis qu’une commission d’enquête parlementaire ouvrait ses travaux en mars. La France commence à cartographier ses vulnérabilités technologiques — mais le temps presse.*
Colbert aurait compris instinctivement le problème : laisser à des puissances étrangères le contrôle de vos infrastructures stratégiques, c’est aliéner votre souveraineté sans coup férir. Ce que le grand ministre de Louis XIV avait fait pour la marine et le commerce, la France doit le faire aujourd’hui pour ses données, ses réseaux et ses algorithmes.
Deux initiatives récentes témoignent d’une prise de conscience, tardive mais réelle. Le 26 janvier 2026, le gouvernement a officiellement lancé l’Observatoire de la souveraineté numérique, confié au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Sa mission : dresser un état des lieux des dépendances numériques françaises — cloud, semi-conducteurs, logiciels critiques, plateformes de communication — afin d’identifier les priorités de réduction de ces dépendances. C’est un travail de diagnostic indispensable, que l’on s’étonne de n’avoir pas entrepris plus tôt.
Parallèlement, une commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté numérique a ouvert ses travaux au Palais Bourbon le 10 mars 2026, sous l’impulsion du député Philippe Latombe (Modem). Experts, chercheurs, représentants des grandes multinationales technologiques ont été auditionnés. Le contexte international donne à ces travaux une urgence particulière : depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump exerce des pressions pour assouplir les règles européennes de protection des données, tandis que la dépendance au cloud américain (AWS, Microsoft Azure, Google Cloud) s’est encore accentuée en 2025.
Le diagnostic est connu depuis des années : 92 % du cloud public européen est hébergé sur des infrastructures américaines ou chinoises. Les données des administrations françaises, des hôpitaux, des universités transitent par des serveurs soumis au Cloud Act américain, qui autorise Washington à y accéder sur simple requête judiciaire.
La création de l’Observatoire et la commission d’enquête sont des pas dans la bonne direction. Mais elles ne valent que si elles débouchent sur des décisions concrètes : commandes publiques réservées aux acteurs souverains certifiés, investissements massifs dans les champions du cloud français (OVHcloud, Scaleway), exigences renforcées pour les contrats de l’État. Diagnostiquer sans agir, c’est rédiger un rapport sur un incendie pendant que la maison brûle.
Sources : Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, janvier 2026, Clubic, commission d’enquête parlementaire mars 2026, Rapports sur le cloud européen, 2025