*Un rapport recommande d’augmenter massivement les frais d’inscription universitaires pour renflouer des établissements « au bord de la faillite ». Une proposition qui mérite débat — mais qui ne saurait occulter la question du pilotage de la dépense publique éducative.*
Quand des présidents d’universités évoquent des établissements « au bord de la faillite », le réflexe habituel est d’en conclure que l’État ne finance pas assez. Un rapport récent, relayé par Contrepoints, propose une solution radicale : quintupler les frais d’inscription universitaires, actuellement fixés à 170 euros par an en licence pour les étudiants français et européens.
L’argument économique mérite d’être pris au sérieux. Le coût réel d’une année de licence est estimé entre 8 000 et 12 000 euros selon les filières. Les 170 euros acquittés par l’étudiant ne représentent qu’une fraction infime du coût réel, entièrement supporté par le contribuable. Dans un contexte de contrainte budgétaire sévère, la question de qui finance quoi est légitime.
Mais la réponse « quintuplement des frais » appelle plusieurs contre-arguments sérieux. Premièrement, la France a fait le choix politique, depuis des décennies, d’un enseignement supérieur accessible à tous les citoyens indépendamment de leurs revenus. Ce choix a un coût — et une valeur sociale que ne capture pas un bilan comptable. Deuxièmement, avant d’augmenter les ressources des universités en ponctionnant les étudiants, il conviendrait de s’interroger sur l’efficience de la dépense publique universitaire : le foisonnement des structures, la multiplication des formations redondantes, la bureaucratie administrative ne sont pas des sujets tabous.
Troisièmement, et c’est peut-être l’argument le plus puissant d’un point de vue souverainiste : la France tire sa puissance scientifique, technique et culturelle de la qualité de ses élites formées sur son sol. Ériger des barrières financières à l’entrée de l’université, c’est risquer de perdre des talents issus de milieux modestes qui, demain, construiront nos industries, soigneront nos malades et défendront notre pays.
Le Beffroi n’est pas hostile à une réflexion sur le financement des universités. Il est hostile à toute réforme qui ne commencerait pas par un audit rigoureux de la dépense existante avant d’en réclamer davantage — aux étudiants comme au contribuable.
Sources : Contrepoints, juin 2026, rapport sur les frais d’inscription universitaires, Données frais d’inscription MESR 2025-2026