*Le gouvernement engage la migration de 2,5 millions de postes de travail de l’administration française vers des solutions numériques souveraines. Un chantier d’ampleur inédite, porté par la DINUM, l’ANSSI et Bercy.*
C’est un chantier titanesque qui s’est ouvert au printemps 2026 et dont les effets se déploient tout au long de l’année : sous l’impulsion du Premier ministre, du ministre de l’Action et des Comptes publics et de la ministre déléguée chargée du Numérique, l’État français a lancé ce qui est présenté comme le plus ambitieux plan de souveraineté numérique jamais engagé en Europe.
L’objectif est clair : réduire la dépendance de l’administration française aux géants technologiques étrangers, principalement américains, dans un contexte où les tensions géopolitiques avec Washington — illustrées par la doctrine agressive de l’administration Trump évoquée par ailleurs dans nos colonnes — rendent chaque jour plus criante la nécessité de maîtriser nos propres infrastructures critiques.
Concrètement, la bascule concerne à terme l’ensemble des postes de travail de la fonction publique, soit 2,5 millions d’agents, qui devront migrer vers des solutions logicielles et des messageries souveraines. Chaque ministère est tenu de présenter son plan de migration d’ici l’automne 2026, sous la coordination de la Direction interministérielle du numérique (DINUM), de la Direction générale des entreprises (DGE) et de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).
Un exemple concret de cette dynamique : la Caisse nationale d’Assurance maladie a d’ores et déjà entamé la bascule de 80 000 agents vers les outils Tchap (messagerie instantanée souveraine), Visio (visioconférence) et FranceTransfert (partage sécurisé de fichiers), trois solutions développées ou pilotées par l’État français.
Cette initiative s’inscrit dans une tradition colbertiste que Le Beffroi appelle de ses vœux depuis longtemps : celle d’un État stratège, capable de reprendre la main sur des infrastructures essentielles à sa souveraineté, plutôt que de les abandonner aux logiques de marché dominées par des acteurs extra-européens. Reste que l’ampleur du défi — former des millions d’agents, garantir l’interopérabilité des systèmes, sécuriser les données sensibles — impose une vigilance de tous les instants. L’histoire retiendra si 2026 aura été l’année où la France a enfin repris le contrôle de son destin numérique, ou si ce plan restera, comme tant d’autres avant lui, une ambition affichée sans lendemain budgétaire.
Sources : DINUM, Actualité Souveraineté & Institutions