Le 3 novembre, Laurent Nuñez sera auditionné par la commission d'enquête parlementaire sur les violences du 17 octobre. L'exercice sera scruté, et il doit l'être avec exigence. Car les témoignages qui remontent du terrain sont accablants. Stanislas Gaudon, délégué général d'Alliance Police Nationale, l'a dit sans détour : « les collègues restent au tapis ». Des fonctionnaires laissés sans soutien institutionnel clair, une chaîne de commandement hésitante, des consignes contradictoires au moment où pillages et incendies embrasaient plusieurs villes françaises. Ce n'est pas un détail : c'est le symptôme d'un État qui doute de sa propre autorité au moment précis où il devrait l'affirmer.
La République ne tient pas sans un pacte clair entre l'État et ceux qui, en son nom, portent l'uniforme. Richelieu l'avait compris en forgeant l'appareil régalien ; de Gaulle l'a rappelé à chaque crise institutionnelle : l'ordre n'est pas une option parmi d'autres, il est la condition de la liberté. Quand les forces de l'ordre sentent que leur hiérarchie politique les abandonne au moindre embarras médiatique, c'est toute la chaîne de l'autorité publique qui se fissure — et avec elle, la confiance des Français dans la capacité de l'État à les protéger.
Cette défaillance survient alors que le Parlement s'enlise dans l'examen interminable du budget 2027, avec un calendrier compacté qui ne laisse ni répit ni recul aux élus. Roland Lescure a raison de s'alarmer : une économie « à l'arrêt » ne se redresse pas à coups de rustines fiscales improvisées, comme ce durcissement de l'exit tax qui ressemble davantage à un totem idéologique qu'à une politique économique sérieuse. Un pays qui ne maîtrise ni ses comptes ni son maintien de l'ordre n'est plus tout à fait souverain sur lui-même.
La commission d'enquête ne doit pas se transformer en tribunal politique à charge contre les forces de l'ordre, mais en occasion de nommer les défaillances de commandement et d'y remédier. La fermeté n'est pas l'ennemie de l'État de droit : elle en est, bien comprise, la garantie. C'est ce respect de la chose publique, du policier au magistrat, qu'il s'agit de restaurer — sans naïveté, et sans complaisance pour le désordre.— La rédaction du Beffroi
— et avec elle, la confiance des Français dans la capacité de l'État à les protéger.