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Géopolitique & Défense

Oslo, 20 octobre : l’Ukraine négocie sa paix sans l’Europe autour de la table

29 octobre 2026 • Géopolitique & Défense • Le Beffroi

*La rencontre entre l’émissaire américain Steve Witkoff et Volodymyr Zelensky, en présence du président finlandais Alexander Stubb, relance la question de la place réservée aux Européens dans le règlement de la guerre. Un angle mort stratégique que la France ne peut plus ignorer.*

*La rencontre entre l’émissaire américain Steve Witkoff et Volodymyr Zelensky, en présence du président finlandais Alexander Stubb, relance la question de la place réservée aux Européens dans le règlement de la guerre. Un angle mort stratégique que la France ne peut plus ignorer.*

Le 20 octobre dernier, à Oslo, s’est tenue une rencontre dont la portée dépasse largement son format restreint. Steve Witkoff, émissaire de l’administration américaine, a échangé avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en présence du président finlandais Alexander Stubb, dans un contexte où les perspectives d’un accord de paix en Ukraine semblent, pour la première fois depuis le début du conflit, concrètes.

Comme le relève Pierre Lellouche dans les colonnes de Valeurs actuelles, cette séquence diplomatique pose une question de fond : l’Europe, pourtant directement exposée aux conséquences sécuritaires et économiques de la guerre, dispose-t-elle réellement d’un siège à la table des négociations ? Les canaux privilégiés semblent aujourd’hui passer par Washington, Kiev et, en arrière-plan, Moscou, laissant les chancelleries européennes dans une posture d’observateurs plus que d’acteurs.

Cette marginalisation, si elle se confirme, aurait des conséquences durables. Un accord de paix négocié sans les Européens pourrait acter des arrangements territoriaux ou sécuritaires dont le continent aurait à assumer les conséquences sans en avoir dessiné les contours. La question des garanties de sécurité pour l’Ukraine, du statut des territoires contestés, ou encore du calendrier d’un éventuel retour à la normale des relations avec la Russie, engage directement la sécurité de l’Union européenne et de l’OTAN sur son flanc oriental.

Pour la France, cette situation doit agir comme un signal d’alarme. Paris a longtemps porté, au moins rhétoriquement, l’ambition d’une autonomie stratégique européenne. Les faits démontrent aujourd’hui les limites de cette ambition lorsque les moyens militaires et diplomatiques ne suivent pas les discours. La dissuasion nucléaire française, l’un des rares leviers de puissance authentiquement souverains dont dispose encore notre pays, pourrait constituer un atout de négociation si elle s’accompagnait d’une doctrine claire d’engagement européen — une piste que plusieurs voix, y compris au sein du gouvernement, ont évoquée sans jamais la concrétiser pleinement.

La recomposition géopolitique mondiale, marquée par le retour des conflits de haute intensité et la fragmentation des équilibres hérités de la guerre froide, impose aux nations européennes de choisir : peser sur les négociations en cours, ou accepter d’être les spectatrices d’un ordre international dont elles subiront les effets sans en avoir arbitré les termes. Le prochain sommet attendu entre grandes puissances au printemps 2026 pourrait constituer un nouveau test de cette capacité européenne à exister diplomatiquement.

Sources : Valeurs actuelles, Diploweb

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