Entre un calendrier budgétaire comprimé jusqu’au 17 novembre et l’audition imminente du ministre de l’Intérieur sur les violences du 17 octobre, le Parlement entame une séquence à haut risque pour la stabilité gouvernementale.
La conférence des présidents a tranché : l’examen des deux textes budgétaires se déroulera sur cinq semaines consécutives, du 12 octobre au 17 novembre, sans même l’interruption traditionnelle de la Toussaint. Un vote solennel est attendu au terme de ce marathon législatif. Dans l’intervalle, les députés ont choisi de durcir l’exit tax pour revenir à sa version originelle, suscitant l’inquiétude de Roland Lescure, qui alerte sur le fait que « l’économie française est à l’arrêt » et qu’elle « ira dans le mur » sans un redressement budgétaire sérieux.
Ce diagnostic, venu d’un ancien ministre de l’Économie, mérite d’être pris au sérieux. Multiplier les ajustements fiscaux ponctuels — fussent-ils présentés comme des mesures de justice — sans vision d’ensemble sur la trajectoire des finances publiques revient à soigner les symptômes sans traiter la maladie. La France ne se redressera pas par la seule augmentation de la pression fiscale sur quelques catégories ciblées ; elle a besoin d’un choc de compétitivité et d’une maîtrise durable de la dépense publique.
Sur un tout autre front, mais dans le même hémicycle, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les violences du 17 octobre entame ses travaux. Elle auditionnera, le mardi 3 novembre, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. Cette audition intervient alors que les organisations syndicales de policiers multiplient les mises en garde. Stanislas Gaudon, délégué général d’Alliance Police Nationale, a dénoncé des dysfonctionnements graves dans la gestion de la crise, estimant que « les collègues restent au tapis » — une formule qui en dit long sur le sentiment d’abandon ressenti sur le terrain au plus fort des pillages et des incendies.
Le gouvernement se trouve ainsi pris en étau entre deux exigences contradictoires en apparence mais en réalité complémentaires : rétablir la crédibilité budgétaire du pays tout en réaffirmant sa capacité à maintenir l’ordre public. Les deux chantiers relèvent, au fond, d’une même question : celle de l’autorité de l’État, qu’elle s’exerce sur les comptes publics ou sur la rue. Un exécutif qui vacille sur l’un finit toujours par être contesté sur l’autre.
Sources : Assemblée nationale – calendrier parlementaire, Déclarations de Roland Lescure, Alliance Police Nationale – Stanislas Gaudon, Valeurs actuelles