Entre la frappe américaine contre l’Iran en février, un sommet de l’OTAN sous haute tension en Turquie et une croissance mondiale anémiée, 2026 confirme la fin de l’ordre libéral tel qu’on le connaissait. La France ferait bien d’en tirer les leçons stratégiques qui s’imposent.
Dans un entretien accordé au Diplomate, le général Peer de Jong dresse le constat d’une recomposition brutale du système international : retour des conflits de haute intensité, fragmentation des équilibres géopolitiques hérités de la guerre froide, affaiblissement progressif du multilatéralisme. L’opération militaire américaine lancée le 28 février 2026 contre l’Iran illustre ce basculement vers une logique de puissance assumée, loin des grandes déclarations onusiennes des décennies passées. Le sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet 2026 en Turquie, annoncé comme particulièrement compliqué, devrait acter les divergences profondes entre alliés sur le partage du fardeau stratégique.
L’Institut des Sciences Stratégiques, dans son analyse « 2026 : l’année des chocs qui s’entremêlent », rejoint ce diagnostic en s’appuyant sur le Global Risks Report du Forum économique mondial. Pour la première fois, la confrontation géoéconomique — sanctions, droits de douane, instrumentalisation des chaînes d’approvisionnement — devance le conflit interétatique classique dans le classement des risques mondiaux majeurs. Ce glissement n’est pas anodin : il signifie que la guerre économique est désormais perçue comme une arme à part entière, aussi redoutable qu’un conflit armé conventionnel.
Cette lecture est corroborée par les chiffres du FMI, qui projette une croissance mondiale de seulement 3,1 % en 2026 et 3,2 % en 2027 — bien en deçà des moyennes d’avant-pandémie. Un monde plus pauvre, plus fragmenté et plus armé : voilà le théâtre dans lequel la diplomatie française doit désormais évoluer.
À cela s’ajoute, outre-Atlantique, la perspective d’une défaite électorale pour les Républicains lors des midterms du 3 novembre. Selon notre correspondant à Washington, experts et stratèges des deux bords s’accordent déjà sur l’ampleur du revers annoncé pour l’administration Trump. Une recomposition du Congrès américain aurait nécessairement des répercussions sur la politique étrangère de Washington, et donc sur les équilibres transatlantiques dans lesquels la France doit défendre ses intérêts propres.
Face à ce faisceau de chocs simultanés — militaires, économiques, institutionnels — la tentation serait grande de se réfugier dans une posture attentiste. Ce serait une erreur. Comme le rappelait le général de Gaulle, une nation qui ne compte que sur les autres pour assurer sa sécurité cesse d’être une nation souveraine. La France dispose des atouts — dissuasion nucléaire, siège permanent au Conseil de sécurité, base industrielle de défense — pour peser dans cette recomposition. Encore faut-il qu’elle cesse de subordonner sa politique étrangère aux arbitrages bruxellois ou aux calculs électoraux de ses partenaires.
Sources : Le Diplomate, Institut des Sciences Stratégiques, Forum économique mondial – Global Risks Report 2026, FMI