*L’enquête de conjoncture de la Banque de France pour septembre confirme une activité industrielle en légère hausse mais fragile, tandis que le gouvernement mise sur des suramortissements dans le projet de loi de finances 2027 pour soutenir le secteur.*
L’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France, menée début octobre auprès d’environ 8 500 entreprises et établissements, dessine le portrait d’une industrie française qui continue de progresser en septembre, mais à un rythme inférieur aux anticipations. Cette progression modérée masque surtout de fortes disparités sectorielles : la production reste dynamique dans l’aéronautique, portée par les carnets de commandes civils et militaires, tandis qu’elle demeure atone dans la filière bois-papier-imprimerie, confrontée à une demande durablement affaiblie.
Ce diagnostic nuancé s’inscrit dans un contexte structurel préoccupant. Selon les derniers chiffres de France Industrie publiés en octobre, le déficit commercial français en biens atteint -69,2 milliards d’euros, un niveau qui illustre la persistance d’un déséquilibre profond entre importations et exportations industrielles. Le secteur manufacturier emploie aujourd’hui 2 838 000 salariés en France, un chiffre qui, rapporté à l’ambition de réindustrialisation affichée par les gouvernements successifs depuis plusieurs années, appelle à une accélération plutôt qu’à l’autosatisfaction.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a déposé, le 1er octobre, son projet de loi de finances pour 2027. Le texte introduit des mesures de suramortissement destinées à encourager l’investissement industriel ainsi que la reprise d’entreprises, un dispositif technique mais potentiellement structurant pour les PME manufacturières en quête de modernisation de leur outil productif. Le PLF prévoit également la reconduction, à des taux réduits, de certaines contributions exceptionnelles sur les bénéfices des grandes entreprises, un compromis budgétaire destiné à ménager les comptes publics sans pour autant étouffer l’investissement privé.
Pour la rédaction du Beffroi, ces annonces, si elles vont dans le bon sens, demeurent insuffisantes au regard de l’ampleur du défi. Colbert avait compris, dès le XVIIe siècle, que la puissance d’une nation se mesure à sa capacité à produire elle-même ce qu’elle consomme. Un déficit commercial de près de 70 milliards d’euros en biens n’est pas une fatalité conjoncturelle : c’est le symptôme d’un affaiblissement structurel de l’appareil productif national, qu’aucun dispositif fiscal ponctuel ne suffira à corriger sans une stratégie de long terme assumée — simplification normative, coût de l’énergie maîtrisé, et priorité donnée aux filières stratégiques.
Sources : Banque de France (enquête de conjoncture, octobre 2026), France Industrie, Projet de loi de finances 2027