*Du 19 au 21 octobre, le président de la République enchaîne Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis et Qatar. Une tournée à forte charge symbolique, puisque Doha bénéficiera du protocole le plus solennel : la visite d’État.*
La diplomatie française retrouve, cette semaine, les codes d’une politique arabique assumée depuis le général de Gaulle. Emmanuel Macron entame ce lundi une tournée de quatre jours dans le Golfe, qui le conduira successivement au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, avant un point d’orgue à Doha où il sera reçu dans le cadre protocolaire le plus élevé : la visite d’État, réservée aux partenariats jugés stratégiques.
Ce choix n’est pas anodin. Le Qatar s’est imposé, depuis une décennie, comme l’un des principaux partenaires économiques et militaires de la France dans la région : investissements souverains dans l’économie hexagonale, contrats d’armement, coopération énergétique autour du gaz naturel liquéfié. Dans un contexte de recomposition brutale de l’ordre international — guerre russo-ukrainienne qui s’enlise, tensions persistantes entre Israël, les États-Unis et l’Iran, rivalité sino-américaine structurant désormais la totalité des rapports de force —, consolider ces points d’ancrage dans le Golfe relève d’un réalisme géopolitique que la rédaction du Beffroi appelle de ses vœux depuis longtemps.
Les monarchies du Golfe jouent en effet un rôle de pivot discret mais déterminant dans les grandes négociations en cours, notamment les pourparlers trilatéraux patronnés par Washington entre Kiev et Moscou. Doha, en particulier, a démontré à plusieurs reprises sa capacité de médiation sur les dossiers les plus sensibles du Moyen-Orient. Pour la France, qui cherche à préserver une voix autonome face aux blocs américain et chinois, entretenir des relations privilégiées avec ces capitales n’est pas un luxe protocolaire : c’est une nécessité stratégique.
Reste la question de la cohérence. Une politique étrangère ambitieuse ne peut durablement compenser les failles d’une politique intérieure hésitante. La France qui négocie des contrats au Qatar est la même qui peine à boucler son budget et à rassurer les marchés obligataires. Cette dissonance n’échappera pas aux partenaires du Golfe, habitués à juger leurs interlocuteurs sur la solidité de leurs fondamentaux autant que sur l’éclat de leurs discours.
La rédaction du Beffroi rappelle que la grandeur diplomatique de la France, de Richelieu à de Gaulle, s’est toujours construite sur un État fort chez lui avant de rayonner au-dehors. Cette tournée doit être l’occasion de consolider des partenariats utiles — elle ne saurait être un exutoire aux difficultés nationales.
Sources : Valeurs actuelles