*Avec seulement 11,3 magistrats pour 100 000 habitants, contre une médiane de 17,8 dans les pays du Conseil de l’Europe, la justice française souffre d’un sous-effectif chronique que la loi d’orientation entend corriger.*
Le chiffre est éloquent et devrait alarmer tous ceux qui se soucient du bon fonctionnement de l’État régalien : la France ne compte que 11,3 magistrats pour 100 000 habitants, très en deçà de la médiane de 17,8 observée dans l’ensemble des pays membres du Conseil de l’Europe. Ce retard structurel, documenté depuis plusieurs années par la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), continue de peser lourdement sur les délais de traitement des dossiers, qu’il s’agisse du contentieux civil, pénal ou administratif.
Face à ce constat, la loi d’orientation et de programmation pour la justice prévoit un renforcement historique des effectifs : 1 500 magistrats supplémentaires, 1 800 greffiers et 1 100 attachés de justice doivent venir étoffer les rangs d’une institution exsangue. Un effort budgétaire conséquent, qui traduit une prise de conscience bienvenue après des décennies de sous-investissement chronique dans l’appareil judiciaire français.
La question des violences policières et de leur traitement judiciaire cristallise par ailleurs les tensions au sein même de la magistrature, certains observateurs évoquant une véritable « guerre des magistrats » autour de la doctrine d’emploi de la force par les forces de l’ordre. Ce débat, loin d’être anecdotique, touche au cœur de l’équilibre entre l’autorité de l’État et le contrôle juridictionnel de son action — un équilibre que le Beffroi juge indispensable de préserver sans céder ni à la défiance systématique envers les forces de l’ordre, ni à l’impunité.
L’enjeu dépasse la simple question des moyens. Une justice qui manque de bras est une justice qui s’engorge, qui retarde les décisions, qui use la patience des justiciables et affaiblit, à terme, la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire. Richelieu disait que la justice est l’âme de l’État ; elle ne saurait fonctionner avec des moyens dérisoires face à l’ampleur de sa mission. Le Beffroi salue donc l’effort annoncé, tout en appelant à une vigilance constante sur sa mise en œuvre effective : les lois de programmation, en France, ont parfois la fâcheuse habitude de ne pas survivre aux arbitrages budgétaires successifs.
Sources : Veille judiciaire, Données CEPEJ (Conseil de l’Europe), Loi d’orientation et de programmation pour la justice