*Le constructeur automobile Stellantis a annoncé l’arrêt de quatre usines françaises faute d’approvisionnements suffisants, nouvel épisode d’une désindustrialisation qui frappe durement notre tissu productif.*
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont accablants. La France a perdu 63 usines au cours de l’année 2025, avec seulement 116 ouvertures pour 179 fermetures d’établissements industriels. Le bulletin de santé du premier semestre 2026 ne laisse guère de place à l’optimisme, confirmant un ralentissement net du mouvement de réindustrialisation pourtant engagé depuis la crise sanitaire de 2020.
Dans ce contexte déjà préoccupant, l’annonce de Stellantis d’arrêter quatre usines françaises, faute d’approvisionnements suffisants en composants stratégiques, illustre la vulnérabilité persistante de notre appareil productif face aux chaînes de valeur mondialisées. Cette dépendance aux fournisseurs étrangers, notamment asiatiques pour les semi-conducteurs et composants électroniques, continue de fragiliser des pans entiers de notre industrie automobile.
Le paradoxe est cruel : alors même que la France affiche la deuxième place mondiale pour les dividendes versés par ses entreprises cotées — 61 milliards d’euros selon l’étude trimestrielle de Janus Henderson relayée par Contrepoints — notre appareil productif continue de se contracter. Cette situation illustre une déconnexion croissante entre la rémunération du capital actionnarial et la vitalité de notre tissu industriel réel.
Colbert, qui fit de la manufacture royale l’instrument de la grandeur française, aurait difficilement toléré une telle fragilité stratégique. La réindustrialisation ne peut se limiter à des discours incantatoires : elle suppose une politique volontariste de sécurisation des approvisionnements critiques, un soutien massif à la recherche appliquée, et une fiscalité qui favorise réellement l’investissement productif plutôt que la seule distribution de dividendes.
Le gouvernement, qui prépare actuellement le projet de loi de finances pour 2027 avec des arbitrages délicats sur la TVA et la fiscalité, devra nécessairement intégrer cette urgence industrielle dans ses priorités budgétaires. À défaut, la France continuera de glisser vers un statut de puissance tertiaire, dépendante de ses concurrents pour sa production stratégique.
Sources : Contrepoints, Janus Henderson, Bulletin de santé de l’industrie française