*Selon un sondage récent, 42 % des Français considèrent la présidente du Rassemblement national comme la personnalité politique la plus à même de défendre l’exception culturelle française, loin devant ses rivaux.*
Le chiffre a de quoi surprendre dans un pays où la défense de la culture a longtemps été l’apanage revendiqué de la gauche et du centre. Selon un sondage récemment publié, 42 % des Français interrogés jugent Marine Le Pen la plus capable de défendre l’exception culturelle française, loin devant l’ensemble de ses rivaux politiques, toutes tendances confondues.
Ce résultat traduit un déplacement profond des lignes de clivage politique autour de la question culturelle. L’exception culturelle française, héritage des politiques volontaristes menées depuis Jack Lang dans les années 1980 pour protéger la création nationale face à l’hégémonie des industries culturelles anglo-saxonnes, n’était jusqu’ici guère associée au Rassemblement national dans l’esprit des Français. Le sondage suggère que cette association s’est inversée, ou du moins rééquilibrée, dans un contexte où la défense de l’identité et du patrimoine culturel national est de plus en plus perçue comme relevant du registre souverainiste plutôt que du seul registre progressiste.
Cette évolution doit être mise en perspective avec le débat plus large sur l’avenir du ministère de la Culture lui-même, dont certains analystes libéraux contestent jusqu’à la pertinence institutionnelle, rappelant que des pays comme les États-Unis, l’Allemagne ou la Suisse se passent d’un ministère fédéral dédié sans que leur vitalité culturelle en pâtisse. Le débat mérite d’être posé sans tabou : l’exception culturelle française doit-elle rester une politique d’État centralisée, héritée du volontarisme malrucien de 1959, ou peut-elle s’incarner autrement, par une défense plus diffuse mais tout aussi déterminée du patrimoine nationale ?
Quoi qu’il en soit de ce débat institutionnel, le sondage confirme une tendance de fond : la question culturelle est redevenue un terrain de bataille politique majeur, où la défense de la langue française, du patrimoine architectural, du cinéma et de la création nationale face à la standardisation mondialisée constitue un argument électoral à part entière. Le Beffroi, attaché à la valorisation du patrimoine civilisationnel français, ne peut que se réjouir de voir cette question reprendre sa place centrale dans le débat public, quel que soit le candidat qui saura in fine s’en saisir le plus efficacement.
Sources : Valeurs actuelles